Affichage des articles dont le libellé est Still Working. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Still Working. Afficher tous les articles

mardi 12 juin 2007

L'oublié


Musique : Dead Can Dance, Album : Within the Realm of a Dying Sun, ou Into the Labyrinth

La chaleur est écrasante en cette journée, et le soleil, nul ne peut s'y tromper, perce quiconque de ses imposants et lourds rayons. Chaque pas est une difficulté, il nous fait nous rappeller combien nous sommes lourds, combien nous devons lutter, combien nous ne sommes rien, en ce bas monde.

L'être avance, laborieusement, lentement, sobrement vêtu d'un drap blanc, dont il se couvre le corps et la tête, cette immaculée blancheur est l'empreinte même de sa sobriété.
Il marche, pieds nus, aveuglément, dans un monde dont il ne connaît que les parfums, les sons et les sensations qui électrisent ses doigts, ici, ou là, ses doigts qu'ils laissent voguer dans l'air, pour effleurer cet environnement si hostile et si attrayant.

Ses mains traînent, flottent, caressent. Elles ne connaissent que ces sentiments manifestes que lui proposent les vieilles pierres qui s'offrent à leur méticuleuse inspection. Tremblantes, timides, elles semblent hésiter chaque instant, chaque mouvement, possédées par la peur de l'inconnu, de ce qu'elles découvriront.

Ce monde lui est aveugle, invisible, nulle lumière ne lui parvient, nulle forme ne se dévoile à son regard, nulle couleur ne lui est connue. Il erre, seul, dans un monde ayant vécu, mais ne vivant plus, sans langage que celui que son corps utilise pour communiquer, celui des sens, celui on ne peut plus naturel, l'ultime.

Il déambule dans cette vieille rue, prenant la plus fine des attentions pour l'endroit où il posera le pied, où il se tiendra, courbé, fatigué. Ses doigts défilent le long des bâtisses qui s'y présentent, ils glissent sur ces vieilles pierres calcaires, froides, blanches sans doute, et s'y rafraîchissent tant qu'ils le peuvent. Il aime cette sensation, tant elle peut être tranchante avec l'ardent commun, dont cet astre l'inonde.

Tantôt, il se laisse emporter, confiant, à accélérer le pas, tantôt il bute, sur des choses que sa mémoire tactile ne lui permet pas de deviner.
- "Quelle est cette chose ?" -

Il survole manuellement ce qui se dresse contre sa main, cet obstacle qui s'élève, inconnu, innommable.
Minutieusement, il décline tous les mouvements que le monde physique lui autorise, il tâte, caresse, frôle, tapote, serre, pousse, tire.
La tête penchée, le corps immobile, il n'est plus que son bras, il reconnaît la signification de ce grain, ce grain si dur, cet aspect rugueux, cet assemblage, dont la chaleur contenue illustre une couleur sombre, foncée.
- "Volet" -

Il poursuit son périple, avide ce qui se tiendra ensuite, il sait déjà. Il s'empresse de se poser contre cette surface lisse, poussiéreuse. Il la ressent, épaisse, close. Il dessine les contours de ses [carreaux].
-"Fenêtre"-
Il entreprend de la nettoyer, par des gestes lents et précis, pour être sur de n'en oublier le moindre recoin. Il l'absoud, comme pour se faire pardonner du pêché de cessité dont il est lui même affublé. Les mains posées, las, il s'agenouille, prie cette bénédiction qui lui est refusée.

Les mouvements de l'air lui échappent, il est sans attention, et ne distingue pas les derniers vestiges de la vie, celle de l'éternelle nature, s'évanouir sur les nombreux replis de sa parure. Silencieusement, elles tombent, frappent, sans effet, tant il savoure cet instant qu'il ne pensait plus jamais vivre. L'être lève la tête, sent le changement d'air, cet onguent du renouveau, et perçoit aussi le froid que chaque chute de cette présence lui apporte.
-"Pluie ?"-
Il constate, aux endroits où les replis sont les moins épais, se coller le tissu à lui, comme une seconde peau, humide, faiblement poisseuse.
"-Eau"-
De trop rares fois, mais pourtant relativement nombreuses, il aurait apprécié de pouvoir y exposer son visage, de vivre cette confrontation, cette purification onirique.

Un temps.

Il se relève, et, décidé, veut en faire le tour, il tient à savoir ce qu'est ce batîment qui le défie. Son méconnaissable visage, derrière son linceul, laisse deviner une excitation certaine.

D'un lêger et rapide parcours, il découvre, non sans une certaine mais indéfinissable surprise, l'entrée, la porte. Avec attention, il passe et repasse cet encadrement. Cette succession de mouvements semble interminable. Il note chaque noeud, chaque imperfection que lui donne ces boiseries, prend un insoupçonnable plaisir à saisir puis lâcher cette lourde poignée.
Il vit ce moment, se déraisonne à penser à toutes ces mains qui l'ont saisie avant lui.
Des enfants, des vieillards, hommes et femmes.

Il entre.

Il est saisi, effroyablement, par ce parfum ambiant, cet encens qui embaume cet endroit.
Figé, il ne peut plus faire un mouvement, laisse les invisibles vagues de cette essence entrer en lui. pour s'en imprégner de la plus délicieuse des façons. Il connaît cette fragrance, il connaît ces effluves.
Intensément, il se remémore les bribes de souvenirs auquel il peut encore accéder. Il retrouve la présence de ces champs de fleurs qu'il a parcourus, dans lesquels il a érré.
-"Tulipe"-

Pris de douce folie, il accélère son pas. Essaie d'enjamber ce qu'il ne voit pas, ne distingue pas. Ce tabouret ? Cette chaise ? Il tâte, vif. Ne touche rien. Discerne sans savoir. Voudrait courir. Bute ici. Se cogne là. Trébuche. Se relève. Sent son coeur. Il bat. Rapide.

Il est chu, sur ce sol froid, et poussièreux lui aussi. Cette sensation glacée se répercute dans tout son corps, dans tout son être. D'un geste, comme pour se relever, il sent le roulement d'une chose. Un bruit qu'il ne reconnaît pas aux premiers abords. Son échine courbée, il se dirige vers la source de ce son, sa curiosité est à son paroxysme.
-"Là"-

Il le saisit, tremblant, vibrant, de peur et d'envie.

C'est là, c'est devant lui, il hume cette senteur, encore et encore. Il sait déjà ce que c'est, il définit cet arôme, c'est douloureux, c'est amer. C'est issu d'un autre temps, d'une autre ère, d'un moment où le monde était monde, avant qu'il ne périsse. Son doigt frêle s'approche, se refuse à franchir ce pas, ce saut qu'il le sépare de ce graal. Puis, d'un geste, violemment, il s'empare de l'objet, et, comme convaincu de la répréhension de son geste, recule sauvagement, semble chercher de l'autre main un endroit où se cacher. La terreur est là, son souffle haletant, sa respiration rythmée. Puis il se rappelle à sa solitude, son unique présence sur ce territoire vide et abandonné de vie, que la mort elle même évite de parcourir à nouveau, de par l'énorme travail qu'elle y a déjà effectué.
-"Pomme"-

Cette saveur sucrée, cette chaire légêrement sableuse, acidulée, ce jus frais et sirupeux, tout lui fait envie comme le dernier des trésors, il lutte, il ne peut s'y résoudre.
Il tient dans la main de l'or, une récompense absolue auquel il ne peut s'abandonner.

Quel désespoir.

L'être se relève, la tête basse. Il se tient au milieu, raide, tendu, drapé de sa blanche parure, on lui devine les formes, et, dans un dégoût morbide de volonté, il renonce.
Tombe la pomme, tombe la larme de sa joue.

Dans cet imperturbable silence, chacun résonne dans un interminable écho, la chute de la pomme comme le tranchant de cet absolu silence, et la larme comme la perturbation de ce vide de sentiment qu'est le monde qu'il arpente.

La pièce est inanimée, baignée par une forte et aveuglante lumière que la fenêtre propre ne filtre pas, l'endroit a sans doute connu sa dernière présence de vie, rien ne subsiste, que le parfum éventé d'une pomme desséchée, et l'odeur rance de quelques tulipes fanées, que le temps aura tôt fait de disperser dans l'air.

dimanche 10 juin 2007

Nature : Lyrics

Fin d'après-midi, le soleil tarde à s'éteindre.
Elle est là, lasse, allongée sous un arbre. Comme sur un nuage. Ses mains voguent dans les brins d'herbe, caressant, effleurant. Le temps se ralentit, sa main tâte, cherche, trouve ce que la nature a à lui offrir. Elle s'arrête sur une pierre, le contact aveugle et sourd, elle ressent le froid, le minéral. Elle laisse glisser ses doigts dessus, devinant les accents des angles, les crêtes, les sommets. Elle poursuit son chemin, traverse des terrains minusculement immenses, son index
parcourant des lacs, des plaines et des forêts entières. Il bute sur une fleur. De ses doigts fins elle touche timidement la tige, la façonne, l'examine, ressent son parfum. Elle remonte jusqu'à ses pétales, n'ose les toucher de peur de les ternir, elle réfléchit, se lance. Quelle agréable sensation, son sourire s'illumine, ce passage offre à ses sens un spectacle, si divin concert que jamais quiconque ne pourrait lui offrir, elle est en phase. Elle devient chiffon, elle devient sopalin, et brûle du désir de conserver cette sensation. D'un trait, net, elle retire sa présence manuelle, ne veut pas détériorer, abîmer, gâcher, cette obsession a ses limites, elle sait que ces choses ne doivent pas être souillées. De ses yeux et de son visage, réjoui, s'échappent des milliers de vision, des paradis, dans lesquels les parfums, les paysages, les mélodieuses sonorités sont oniriques au possible. Et, dans l'atmosphère suffisamment moite de cette journée qui se décline, de cette nuit
qui s'annonce, elle laisse ces doux instants s'envoler en fumée, disparaître dans une
cérémonieuse rêverie. D'un coup, elle se relève, et repart en titubant, enivrée, repensant sans fin à cette douce passion, à cette union, à son prochain retour..

lundi 26 février 2007

Exercice de Style : la Prima Nocte

Allées de Brienne, 2h14 du matin.

Un pas, deux pas..

-sombre-

Claquement de la porte d'entrée du batiment.."Bon beh .. Allez"

Ainsi commence la sacro-sainte marche de fin de soirée, celle qui me ramène chez moi, d'à peu près n'importe quel endroit où j'ai l'habitude d'aller..
Encore sous le porche, je passe vite fait la main, deux trois gouttes.. mouais.
On ferme la doudoune, on tâte ses poches pour dénicher le lecteur mp3, outil indispensable aux retours des nocturnes.

C'est bon..

Un dernier aperçu du temps, on passe la tête timidement.. le vent est assez violent.
Mp3 lancé, c'est parti.

Et le rituel commence..

On marche, on bifurque vite fait sur la gauche, au loin : Pont des Catalans.
La musique qui monopolise les oreilles, les pas vifs et alertes, la même pensée monotonique.. "maison"


"Putain de route".. je la connais déjà parfaitement, pour l'avoir souvent pratiqué sur une période relativement courte..

Les maisons défilent, la pluie frappe, la capuche claque.. le temps idéal pour aller se promener.

Ca en deviendrait presque mécanique..

"hop, première étape bouclée" je m'engouffre sur le pont, pas aussi beau que celui sur la gauche, mais on va pas faire la fine bouche par un temps pareil..
Dessous, la Garonne est déchainée.. "foutu temps"

Au long de ma traversée, mes pas se font moins rapides, moins enchainés, plus irréguliers.

-stop-

...

-personne-

Je reste là comme un con, perché sur la crète du pont, à m'apercevoir du vide autour de moi..
Rien dans un sens
Rien dans l'autre non plus
"Sympa"

On reprend la route, on finit le pont, on continue devant les Abattoirs, puis vient St-Cyp et la suite.. Même shéma avant d'arriver aux Abattoirs, on se stoppe, un doute, on vire un écouteur, le deuxième..

-pas un bruit-

Je reste quelques minutes à regarder autour de moi, je range maladroitement, fébrilement le lecteur, je me remets doucement en route.

Et c'est dans ces moments là que tout prend un sens, que tout prend un rôle, que tout s'ajoute, se coupe, s'associe, s'unifie pour donner ce charme imprononçable

Les bruits des pas, tantôt sur le sol lisse et rugueux, tantôt sur une des flaques qui tapissent la chaussée, cette irrégularité musicale, cette batterie qui donne le rythme, les gouttes qui percutent tout, flaque, béton, porte, fenêtre, vêtements, pour donner une incroyable variété de notes toutes uniques..
Avec au lointain les grésillement prononcés des feux pour piétons, pour rappeller que la voie est libre..
Ces grésillements marqués .. mais personne de présent pour les honorer.

On traverse St-Cyp, un coup d'oeil sur la route qui mène à Esquirol, un autre vers Patte d'oie.. vides, on ne distingue pas un phare.
Juste la nuit dans sa robe la plus sombre, toute striée par les gouttes qui la traversent, par milliers..

Cet enivrant parfum de frais, de renouveau.. les poumons qui en réclâment des bouffées et des bouffées, la lune juste au dessus..
La lune, jaunie, immobile, l'unique projecteur du théâtre

On hésite, on se sent bien, on avance de quelques pas, on fait demi tour, on revient, pour repartir
Finalement on entre dans la dernière ligne droite, les allées de Fitte et la pluie s'atténue, le vent cesse petit à petit de souffler, le calme revient.

On peine à marcher, la tête totalement immergée dans cette ambiance unique, comme celle qu'on a le matin après un doux rêve, quand l'état dans lequel on le vivait n'est pas encore descendu..

On cherche des traces, on en veut encore, on tourne la tête de tous les cotés, les oreilles ouvertes, les yeux ecarquillés et soucieux, les sens en éveil ..

mais rien..

Reste cette odeur de frais, ce parfum de renouveau, de pureté.. Et ces quelques oiseaux nocturnes, ou qui viennent de se réveiller..